5 bonnes raisons de passer ses photos en noir et blanc

Allez, ce coup-ci, on va bosser un peu sur la créativité. Je vais vous parler de noir et blanc.

Enfin, monochromie serait plus exact, histoire d’inclure les virages classiques (sépia et bleu pour les plus connus) dont le choix relève de la même démarche.

Voyons les choses en face, la nature se fout éperdument de la monochromie. Ce mode de représentation est caractéristique de l’homme : du noir de charbon des hommes préhistoriques au nitrate d’argent en passant par le fusain, les œuvres monochromatiques nous ont toujours suivi au travers des âges.

Alors bon, à l’heure du numérique et de ses couleurs chatoyantes (voire totalement pourries, merci les filtres à deux balles), qu’est-ce qui peut encore nous pousser à faire du monochrome ?

Comme je suis un mec sympa, malgré ma réputation de sale con presque totalement injustifiée, je vous ai trouvé 5 raisons pas trop nulles de passer en noir & blanc…

 

1 – Parce que les couleurs ne ressortent pas assez

Le contexte

Beau sujet, belle composition, malheureusement, les teintes sont plutôt fades, ou ne se marient pas très bien entre elles, ou donnent une impression d’ensemble confuse. Dans tous les cas, ce n’est pas ce que vous recherchiez…

La où ça marche

IllustrationN&B01

A gauche, la photo originale, à droite le passage en N&B (sépia pour l’occasion)

Chaque fois que vous aurez un sujet dont vous ne maîtriserez pas les teintes, le monochrome sera là pour en ressortir la magie latente.

 

2 – Parce qu’il n’y a rien de plus déprimant (en photo) qu’un beau ciel bien bleu…

 Le contexte

Vous êtes dehors, il fait beau, il fait chaud, il est 15 heures…

Le nord de l’Europe tuerait pour avoir un temps comme ça à cette période de l’année.

Mais voilà, vous êtes photographe et votre sujet se situe en extérieur. Les photos que vous allez prendre auront toutes le même problème : cette vaste surface bleue sans intérêt qu’on appelle le ciel.

La où ça marche

Ciel01 

A droite, on notera l’accentuation des différences de teintes du ciel, moins sensibles à l’œil sur la version en couleur

A condition de bien choisir ses paramètres de tir (vitesse/ouverture/ISO), le passage en noir et blanc va transformer cet à-plat de bleu désespérant en un ciel puissant. Même les éventuels petits nuages qui pourraient traîner par-ci, par-là vont prendre du volume et de la présence.

 

 

3 – Parce que le (ou les sujets) a des rougeurs de peau très compliquées à corriger

Le contexte

On ne rit pas, mais ca peut arriver à tout photographe : maquilleuse absente, modèle qui fait une poussée d’allergie subite, ou plus bêtement des plaques rouges ou violacées par-ci, par-là qu’on découvre après coup. Finalement, la modèle n’était pas frileuse, c’était bien qu’il faisait très froid

La où ça marche

Rougeurs 

Réaction allergique à gauche, le résultat en appliquant un masque noir et blanc

Le passage en noir et blanc neutralise le rouge. Ce qui est dommage pour certains décors ou tenues, quand on perd une teinte flamboyante, se change en bénédiction pour remédier à ces rougeurs cutanées imprévues.

 

 

4 – Parce que le sujet renvoie à une époque où le N&B était une référence

Le contexte

Les premières pellicules photo couleur sont apparues dans le grand public en 1935 (naissance du Kodachrome) mais n’ont vraiment percé qu’à partir des années 60. La couleur était alors l’apanage des journaux et magazines, avec une quadrichromie assez rustre la plupart du temps.

Moralité : le noir et blanc est étroitement associé aux années pré-sixties.

La où ça marche

 

CarsN&B01

Voitures 50’s, noir & blanc, sépia…

Le passage en monochrome, allié à un sujet traité dans l’esprit de l’époque ? Ca marche à tous les coups.

Sauf si on truffe le tableau d’incohérences et anachronismes que ceux qui connaissent bien leur sujet détecteront à coup sur. Sauf si au lieu d’un sépia maîtrisé, on choisit le jaune pisseux d’un script ou filtre à la con.

 

5 – Parce que la composition (géométrie, rapport entre surfaces claires et sombres…) est l’élément fondamental du cliché en question

Le contexte

La composition à l’état pur. Débarrassée de la couleur. Juste des ombres, lumières, lignes directrices, surfaces, géométrie…

C’est un choix, et pour certains, la seule façon de travailler.

 La où ca marche

Allusyah2012Composition.jpg

 

Certains sujets s’y prêtent plus que d’autres. Architecture, fetish, nu… Dans cette optique, les corps, les décors ne sont là que pour servir la composition.

 

Ze conclusion

Passer son travail en monochrome est un élément indispensable dans la progression d’un photographe.

Etape 1 – l’apprentissage

Le monochrome permet de résoudre des problèmes d’harmonisation de couleurs, de ciel bleu trop uniforme et de rougeurs de peau. Rattraper des défauts, c’est l’étape fondamentale pour éviter de reproduire ces défauts.

Gérer les teintes, anticiper la météo et la physiologie des modèles – autant que faire ce peut, bien sur -, tout cela fait partie du travail du photographe…

Etape 2 – le perfectionnement

Raisonner monochrome va permettre de se perfectionner dans la composition de ses photos, travailler sur les teintes monochromes va permettre de chercher les rendus de l’époque que l’on souhaite tutoyer.

Etape 3 – La maturité

Ne perdez pas de vue que le passage en monochrome doit être un choix fort, et certainement pas un choix par défaut. Quand l’analyse d’un projet vous fera pressentir et décider du passage (ou non) en monochrome avant la séance, c’est que vous aurez acquis une certaine maturité dans votre travail.

 

Quant à la dernière étape, rassurez-vous, je vous expliquerai dans un prochain article comment se méfier du sentiment que l’on peut avoir de maîtriser son sujet, souvent prélude à de cruelles désillusions…

 

 

 

 

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